Contemporaine·Lectures

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – Patrick Modiano

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★★★★✩

– Et l’enfant ? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant ? – Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie… – Ils l’avaient certainement inscrit à une école… – Oui. A l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe. – Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage… – Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez…


Prix Nobel de littérature en 2014, Patrick Modiano est fidèle à lui-même. Il nous livre dans ce récit une recherche des éléments du passé, une introspection de la vie du personnage.

On retrouve le côté jeu de piste, avec une multiplication des adresses, des lieux, des souvenirs, dans le but d’éclaircir un fait divers qu’un inconnu ramène au grand jour. Le lecteur est au début aussi perdu que le personnage principal, Jean Daragane, quand celui-ci est brusquement confrontés à des questions sur son passé, à des personnes qu’il a autrefois côtoyé. Ce flou reste présent durant tout le roman ; quel est le lien entre Jean et Annie ? Pourquoi ce Gilles s’intéresse-t-il soudain à lui ?

On finit par oublier les détails de notre vie qui nous gênent ou qui sont trop douloureux. Il suffit de faire la planche et de se laisser doucement flotter sur les eaux profondes, en fermant les yeux. Non, il ne s’agit pas toujours d’un oubli volontaire.

Les souvenirs refont surface petit à petit, on mène l’enquête en même temps que le personnage principal. Il faut s’en sortir à travers un labyrinthe de temps et de souvenirs. Détacher le réel de l’imagination. Il n’y a pas vraiment d’issue, de réponse possible à une quelconque problématique. Juste un retour aux sources, aux origines du présent. Retracer l’histoire.

J’ai beaucoup apprécié ce roman, comme Dora Bruder, dont la trame est similaire. J’admire la fluidité de l’auteur à lier les personnage à des événements, des lieux, à jongler entre le passé et le présent, et à superposer en filigrane ces différentes époques. Oui, j’ai été perdue à plusieurs reprises. J’en suis ressortie avec une sentiment d’intemporalité, de flottement.

Il s’était aperçu que l’on ne rencontre en de très rares occasions une personne que l’on aurait voulu vraiment rencontrer. Deux ou trois fois dans une vie ?

Cependant, je ne pense pas avoir assez de recul, ni avoir vécu suffisamment longtemps pour me rendre compte du travail immense effectué par le personnage et l’auteur pour lutter contre l’oubli.

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